• Monsieur A Les Pièces, Madame Les Sacs

     



    Quel beau métier il fait donc là, Monsieur le Préposé des Parcmètres. Entretenir les machines qui font payer aux gens le droit de loger leur véhicule en ville quelque temps. Récupérer les pièces qui ont été logées dans le ventre gourmand des boîtes à sous.


    C’est ce qui s’appelle l’impôt urbain de nos temps modernes.


    Monsieur le Parc-maître est, par excellence, un employé modèle, si l’argent donne le droit, l’argent peut tout, l’argent apporte tout, son droit c’est l’argent. Il sacrifie tout à son métier, il ne vit que pour l’argent qu’il rapporte, qui lui rapporte.

    Il bichonne, caresse ces petites boîtes, y tenant plus qu’à la prunelle de ses yeux. Il serait chômeur sans elles, le pauvre.

    Prince dans sa ville, il se jette sur ces machines, sujets de son soi-disant royaume de prince consort, consorti de la cuisse de Jupiter. Il frémit d’un indescriptible bonheur dés que l’argent emplit les sacs placés sous les parcmètres. Pourtant notre prince n’est rien d’autre qu’une fripouille, un de ces gagne-petit, pleine erreur de petite frappe. L’agent des parcs se croit malin, l’ignoble profiteur, goujat de première, sous des dehors de respectable agent administratif, roule la ville, roule l’administration.


    Oui, il roule dans un beau cabriolet couleur rouge.

    Monsieur n’est jamais seul à l’ouvrage, le Prince consort a une consœur, il est toujours suivi de Madame. Où l’un il va, l’autre le suit. Le couple est admirable, un couple de légende dont il faut présenter l’autre moitié : elle est femme au foyer mais jamais chez elle quand monsieur travaille, une épouse qui talonne pas à pas le conjoint fonctionnaire. Laissant ses tâches ménagères pour préférer suivre son double d’époux. Il lui faut bien une raison, un motif pour s’obstiner à escorter ainsi le mari.

    Voici donc l’ignoble et lucratif stratagème du couple glorieux, oui glorieux car ils resteront gravés dans les mémoires des lecteurs, enfin je l’espère, ils en valent la peine.

    La dame transporte les sacs à récolter les pièces du sieur. Certains de ces sacs sont à moitié vide mais un seul est toujours et largement plein, celui-ci est tellement rempli qu'il pourrait s’en découdre les coutures.
    Monsieur et Madame redonnent à l’administration les sacs à moitié vide, alors, ils se régalent du reste, un simple et petit sac qui, lui, est celui plein à ras bord.

    Monsieur et Madame prirent un soir un train de nuit pour des vacances dans le Sud. Madame a peur de l’avion et préfère un contact avec le sol. Ne sortant leur superbe voiture que pour briller en société, et uniquement dans leur ville, la formule du train leur plaisait agréablement pour les vacances. Ce soir-là, donc, pendant un sommeil lourd, lourd comme un lingot d’or (d’horodateur, devrais-je dire), elle se confessa, ayant quelque remords en ce chaud soir d’été, agitée par le train-train, enveloppée de beaux draps de soie rose.

    Dans la couchette supérieure, je ne pus m’endormir tout de suite mais je ne pus m’empêcher aussi d’entendre la brave dame car elle avait le verbe haut.

    Mais au fait, le seul cabriolet rouge flambant neuf que vous connaissez n’est-il pas celui de vos amis ?

     

     

     

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